Le monde entier s’est ému-à juste titre-de cette petite fille chinoise écrasée à 2 reprises, ignorée par 18 passants. La vidéo est horrible, âmes sensibles s’abstenir.
C’est arrivé il y a plus d’une semaine, je n’en ai pas parlé car ce blog est un carnet de voyage destiné à la base à ma famille, loin de moi la prétention d’être un connaisseur de la Chine ou un expert en quelconque autre domaine, mais les réactions de la presse et de la blogosphère m’ont passablement énervé, peu importe si pas grand-monde me lit, mais il fallait que ça sorte.
On blâme le peuple chinois qui laisse crever une petite fille dans la rue.
Certes en Chine, il existe un individualisme exacerbé qui va du ridicule (essayez de jouer au basket ou au foot avec des chinois, vous n’êtes pas sûrs de voir souvent le ballon) au révoltant (manque ENORME de considération des autres, on fait du bruit jusque pas d’heure, on te tousse au visage, ne regarde pas où on marche/conduit, la liste est longue).
Certes, cet individualisme est un reflet de la société moderne chinoise, mais pas que chinoise! Certes, en France, les assos comme les Restos du coeur existent, le Téléthon, Sidaction, mais au quotidien, la solidarité n’est pas forcément de mise, et cela existe de tous temps (cf Phil Collins « Another day in paradise »). Avons-nous meilleur fond que les chinois? Je vais me lancer dans une ébauche de réponse.
L’indifférence touche toutes les sociétés, à différents niveaux.
Pour la Chine, je prends 2 citations d’un article de Marianne, beaucoup trop démago et réducteur selon moi, mais qui cite 2 auteurs qui réflètent assez bien la situation. Le premier, Ma Jian:
« Nous avons grandi dans un vide spirituel, coupés du reste du monde. Une génération perdue. Quand le pays a commencé à s’ouvrir, nous avons été les premiers à tomber. La culture étrangère est la seule religion maintenant, mais nous n’avons aucun moyen de la comprendre, ou d’apprécier sa valeur. Un demi-siècle a passé et soudain nous nous retrouvons dans la forêt de la vie moderne sans carte ni boussole. Comment une société abrutie par la dictature peut-elle trouver son chemin dans le monde moderne ? Nous sommes incapables de penser par nous-mêmes, nous n’avons pas de points de repère, nous sommes égarés, nous avons perdu pied. Nous affichons une arrogance superficielle pour cacher la piètre estime que nous avons de nous-mêmes »
Et Lu Xun, en 1933 (déjà):
« En Chine, dans les villes, si quelqu’un s’évanouit dans la rue ou est renversé par une voiture, vous trouverez beaucoup de badauds ou de gens pour se moquer de vous, mais rarement quelqu’un pour vous tendre une main secourable ».
Montré comme ça, le portrait est peu flatteur.
Mais, avait-on fait un tel flan sur les ch’tis par exemple, avec l’affaire de cette jeune étudiante violée dans un train loin d’être vide? S’était-on lancé dans des analyses sociologiques ou géopolitiques sur la région Nord-pas-de-Calais? Non. On s’était à juste titre indigné, mais l’info n’avait pas été aussi médiatisée, alors qu’aussi horrible et traumatisante.
Je ne suis pas le dernier à taper sur les chinois, mais là il faudrait remettre un peu les choses en contexte (merci à mes années de psycho à la fac).
Tout d’abord, ce phénomène a été analysée dans les années 60-70, suite à l’agression en 1964 de Kitty Genovese devant 6 ou 7 témoins, qui appela à l’aide, sans succès, avant que son agresseur ne revienne 10 minutes plus tard pour l’achever.
Ce phénomène s’appelle l’effet témoin, ou encore la dilution de responsabilité, c’est-à-dire que l’on entre dans un mécanisme de pensée stéréotypé où l’on pense « Si les autres ne bougent pas le petit doigt, pourquoi devrais-je? Ils sont aussi indifférents que moi. D’ailleurs, je ne suis pas le premier à être sur le lieu de l’accident, quelqu’un a certainement appelé les secours, c’est bon, elle va s’en sortir. » Et on continue son petit bonhomme de chemin.
Donc pour résumer, plus il y a de personnes sur les lieux d’un accident, moins il y a de chances que quelqu’un vienne aider, car tout le monde se rejette la responsabilité comme une patate chaude. Et donc inversement, si vous avez un accident dans une petite rue isolée, vous avez plus de chances qu’un passant se comporte en bon samaritain, car s’il est seul, la responsabilité entière repose sur ses épaules, donc même s’il ne veut pas aider, il se sentira poussé à le faire, qu’il soit chinois, français ou mexicain.
Pour finir, une autre explication, c’est l’effet Peng Yu avec lequel on peut faire un parallèle pour expliquer ces réactions.
Ce bon samaritain s’appelle Peng Yu, et avait été condamné à payer les frais médicaux de la victime, qu’il n’avait pas du tout renversé mais secouru alors qu’elle gisait sur le trottoir. Une fois arrivés à l’hôpital, la victime, voulant que quelqu’un prenne encharge ses frais médicaux car en Chine il n’existe pas de Sécu, l’avait accusé de l’avoir renversé. Le juge nankinois chargé de l’ affaire avait déclaré « selon le bon sens, seule la personne responsable de l’accident amènerait la victime à l’hôpital ».
Donc, en plus de l’effet de du témoin, s’ajoute la peur de devoir débourser plusieurs milliers de yuan, de peur de devoir subir la même jurisprudence débile, peur rationnelle ou du moins compréhensible.
En conclusion, la société chinoise connaît malheureusement les mêmes maux que la nôtre et les chinois ne sont pas pires que les autres.
Bon, mais les travaux le dimanche matin et les fluides corporels lâchés comme ça, ça fait chier.

















